BREXIT: quelles leçons pour les dirigeants?

La Grande Bretagne a donc décidé de quitter l’Union Européenne. Le Brexit est un évènement historique. D’un point de vue institutionnel, l’UE devra gérer la sortie d’un Etat membre qui prendra du temps et dont on ne connaît pas encore les impacts à long terme.

Quelles leçons peuvent tirer les dirigeants pour la conduite de leur entreprise ?

Les jeunes ont massivement voté « Remain« 

J’aime bien analyser les évènements à la lumière des faits. Le premier : qui a jugé ‘pour’, qui a voté ‘contre’.

Selon l’enquête Lord Ashcroft, 73% des 18-24 ans sont en faveur du maintien (62% des 25-34 ans). J’étais vraiment curieux de connaître cette répartition pour vérifier l’hypothèse selon laquelle les générations Y et Z considèrent le monde comme un village. Le vote massif en faveur de l’Europe confirme bien que les jeunes anglais tout comme les jeunes français ou allemands « n’achètent » pas les projets de repli sur soi. Aussi respectables soient-elles, les valeurs de l’Union Jack sont celles du monde d’hier.

Que peut-on en conclure pour l’entreprise ? Strictement la même chose. Ne comptez pas engager vos jeunes sans renouveler votre projet (votre stratégie) ni repenser vos valeurs. Une entreprise qui repose sur l’histoire de ses fondateurs, vous savez celle qui raconte comment les premiers produits ont été pensés et conçus dans un garage, ne déchaînent plus aucun engouement. Pire, plus personne ne lit ces histoires complètement statiques.

Le groupe d’âge qui s’est le moins rendu aux urnes

Selon The Guardian, l’abstention des plus de 55 ans aurait été de 19% tandis que celle des jeunes de 18-24 ans de 48%. En d’autre terme, le groupe d’âge qui était le plus en faveur de l’Europe a le moins pesé sur le vote… CQFD.

On retrouve là encore une grande caractéristique de cette jeunesse : l’engagement collectif est mou s’il concerne un projet qui ne les concerne pas directement.

Ce phénomène est bien connu dans l’entreprise. Les évènements « corporate » par exemple intéressent peu les Générations Y et Z qui redoutent d’y trouver des discours lénifiants de leurs dirigeants. L’engagement des jeunes collaborateurs doit aujourd’hui davantage passer par des initiatives en petits groupes homogènes qui pourront échanger sur un destin commun, quitte à ce qu’on élargisse le modèle à l’instar des organisations libérées (à ce titre, je vous conseille la lecture du livre de Michel Hervé, « La fin de l’ère du chef », qui décrit parfaitement ce nouveau modèle d’organisation).

Le Brexit exprime moins un déficit de leader que de leadership

Dans notre article « Plaidoyer pour le top-down« , nous développions l’importance d’un certain leadership au sein de entreprise. Un leadership collaboratif et inspirant, développant l’engagement des collaborateurs. Bref, l’inverse du projet européen.

Il faut dire qu’on a tout fait à l’envers à commencer par avoir des élus n’ayant aucune autorité dans leur pays, et ne portant aucun des enjeux des Etats membres.

Mais le pire est probablement que l’Europe actuelle n’incarne aucun rêve, aucune vision.

La vision de De Gaulle était au départ une Europe qui devait être une aire de civilisation, incarnant certaines valeurs essentielles héritées de la longue histoire de ses peuples et de leur apport respectif à la culture, à la science, aux droits des individus, à la vie en société. Mais l’Europe devait aussi ambitionner une authentique puissance lui permettant de jouer son rôle, et un rôle important dans le monde.

Un beau projet qui malheureusement n’a pas vu le jour et s’est perdu dans la complexité de la gouvernance bruxelloise.

L’entreprise ressemble parfois à ce « monstre » bruxellois. Quand on interroge certains des collaborateurs de grands groupes, en province en particulier, ils racontent souvent cet éloignement à l’égard de la direction des entreprises. Ces directions confondent souvent l’exercice de la vision avec un exercice de communication.

Une vision qui soude une entreprise est une vision qui concerne l’entreprise mais aussi chacun individuellement. La lecture de la vision de son entreprise doit créer chez le collaborateur un désir de participer à l’histoire de l’entreprise, et ce quelle que soit sa situation géographique ou fonctionnelle.

Bloody referendum!

Savez-vous que la différence des partisans du ‘non’ excède de 1,2 millions de personnes les partisans du ‘oui’ ?

Si on rapporte ces 1,2 millions à la population européenne (500 millions), cela représente 0,24% de la population. Autrement dit, l’Union Européenne va connaître une crise majeure à cause de 0,24% de sa population !

Si on ramène cela à l’échelon d’une entreprise, c’est comme si 10 personnes décidaient seule de la destinée d’une entreprise sans consulter son effectif de 3000 personnes. Imaginez la scène : « Mesdames, Messieurs, nous avons fait un sondage montrant que vous êtes légèrement favorables (10 personnes de plus que l’autre camp) à rompre le contrat de partenariat avec notre principal client ». Irréel. Et bien c’est exactement ce qui s’est passé aujourd’hui. La leçon c’est que le référendum n’est pas une méthode convenant à toute situation. Sous prétexte de faire respecter une tradition démocratique ancestrale, on a créé une crise majeure en sollicitant des personnes sur une question qui aurait nécessité un vrai débat aboutissant à un consensus et une stratégie de négociation avec l’Union Européenne.

Côté entreprise, le sondage ne peut être une méthode applicable pour prendre une décision lourde. Il peut être consultatif pour éclairer un état (comme par exemple les sondages sur l’engagement) mais confier la destinée de son entreprise à un sondage est proprement suicidaire. Cela ne se voit jamais d’ailleurs.

Par contre, l’enseignement d’aujourd’hui c’est que le collaboratif (si important de nos jours) doit être utilisé avec précaution. En clair, ce qui touche à la création de la vision doit être créé par la direction, ce qui touche à son exécution peut et doit être partagé à toute l’entreprise.

 

Pour conclure, ce que le Brexit nous enseigne c’est :

– les jeunes ont besoin d’un rêve qui les concerne

– la mobilisation des jeunes doit se faire par groupe homogène

– la vision d’une entreprise doit concerner chacun individuellement

– le collaboratif ne doit pas être appliqué à tous les sujets

God save the rest of us…

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